Je danse et je me sens vivante.

Handicapée depuis 25 ans par une sclérose en plaques (mais je bosse toujours… et bien trop, hélas!), j’ai repris « la danse », ma passion de jeunesse… après 25 ans d’arrêt, 25 ans de maladie chronique, de traitements lourds, de rééducation etc…). Car un ami danseur m’a suggéré de reprendre « la danse » ou plus exactement une forme de mouvement en lien avec les vibrations musicales… Je n’y croyais pas (tellement incapable de danser « comme tout le monde » désormais! … Il me disait d’accepter de me voir comme « une danseuse » (impossible pour moi: danseuse, je l’ai été mais ne le serai plus jamais!)… Je lui disais:

« Le choix du mot « danseuse » me concernant…

Vous savez, je crois que c’est justement parce que la danse n’est pas une référence à l’autre mais à soi que c’est un peu difficile d’utiliser le mot « danseuse » en 2018 pour parler de moi… (dans mon cas, ce mot n’était relativement adéquat qu’entre 1975 et 1993, quand j’avais du plaisir à danser avec ou devant les autres, de faire partager la danse).
Il me semble qu’il n’est objectivement pas facile de s’enthousiasmer à propos de ce que je vois dans le miroir aujourd’hui en terme de « danse » mais je le vis très bien rassurez-vous (je suis contente d’avoir retrouvé / ré-inventé un lien avec une sorte de danse « pour moi », et ceci grâce à vous. J’ai donc une « belle image de moi » comme vous dites, aucun souci de ce côté-là mais elle n’est pas que l’image superficielle visible dans un miroir).
Bref, le mot « danseuse » m’importe finalement assez peu car je me vis désormais un peu plus comme une « survivante » après l’ouragan de la sclérose en plaques, que comme une « danseuse ». Je ne me regarde donc plus intensément, je me vis et je m’amuse.

Ca va donc un peu au-delà du choix du mot: je ne me sens pas « simplement » bouger/danser en musique mais je me sens « vivante » (et c’est plus fort à mes yeux) quand je retrouve des mouvements tout simples, des gestes en accord avec les vibrations de la musique… Etonnamment, je me sens presque plus vivante que quand quand je dansais auparavant. Je me sens presque comme une rescapée. C’est une sorte de renaissance. Même si, finalement, de visu tout n’est pas forcément harmonieux du fait en particulier de la difficulté des « transferts » entre allongée / assise / debout, je trouve réducteur de me limiter à ce que voient mes yeux. Mon histoire et mon feeling m’importent plus.

Bref, je préfère renoncer au terme de « danseuse » car je pense « faire plus » (bon, en écrivant « plus », j’exagère évidemment! Je parais baigner dans une outrecuidance insupportable -sourire- pourtant je ne pense pas qu’on l’on puisse analyser les choses ainsi: au contraire: je ne bouge plus pour la beauté de la danse car ce n’est peut-être pas si beau ni de la danse stricto sensu… Je bouge pour moi, pour mon unique bonheur. Bon, remarquez que ça m’arrange bien de voir les choses ainsi, vu le contexte ). (…) »

A chacun son combat et MERCI aux amis qui nous ouvrent les yeux!!!

Gaëlle de Brest

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